Le survêtement Quechua

carre st louisÇa fait un peu plus de 4 ans que j’habite au Québec. Et pour cette occasion, je me suis dit que j’allais écrire un article du genre « 4 choses que j’ai apprises en 4 ans au Québec » (ceci est le titre le plus chiant de l’histoire d’Internet). J’ai commencé à écrire un brouillon qui m’a mis en lumière l’inutilité manifeste de cet article. Cependant j’ai remarqué un aspect qui revenait souvent dans mon écrit. Une sorte de frustration dirons nous. Un peu comme un élastique de slip trop serré.  Et je n’arrive pas à la dégager, cette frustration, autrement qu’en la posant noir sur blanc: les Français de Montréal.

Question: Comment reconnaître un Français dans la rue à Montréal?

Réponse: Il porte de chaussures Quechua, un pantalon Quechua, un manteau Quechua, des gants Quechua, un bonnet Quechua et un sac à dos Quechua.

J’exagère à peine… Il y a aussi l’option « bâtons de marches Quechua » pour traverser la rue Peel en direction du Mont Royal. (Ça valait vraiment les 125$ d’investissement). Franchement, cher touriste Français, fais un effort pour mettre en valeur l’image de la mode de ton pays et achète toi des vrais vêtements. Je peux te garantir que le polaire col roulé Quechua orange nuit à ton arbre généalogique descendant.

Alors oui, ce que personne ne m’avait dit c’était qu’en arrivant ici j’allais être associé aux Maudits Français.C’est simple en voulant vivre à l’étranger je me retrouve encore plus défini par mon accent et ma nationalité et la société conspire à ce que je continue à évoluer avec cette caractéristique première. C’est tout à fait l’effet inverse que ce que je voulais obtenir. Mais bon c’est comme ça. Il doit y a voir une raison valable car manifestement l’univers ne s’est pas écroulé sur lui-même à cause de ça.

Maintenant, je dis ça mais je suis un peu hypocrite (et ba oui, je suis Français après tout). Je vais à une pendaison de crémaillère samedi soir avec des amis Français, on va parler Franco-Français de France avec nos accents Français, on va se raconter nos dernières vacances en France en estimant que le vin Français est le meilleur du monde et une grande partie de moi se réjouit de cette perspective.

Alors qu’est-ce qui me dérange vraiment? N’être pas si original que ça? Mouais, peut-être mais bon. Non, ce qui me dérange vraiment c’est que j’ai ce miroir constant d’étranger qui tant bien que mal s’adapte, s’intègre et voit toute une communauté faire la même chose. C’est vraiment ça: c’est un miroir… tout le temps. C’est un peu déstabilisant, non? Parce que moi aussi, j’ai mon survêtement Quechua. Je l’ai mis dimanche pour aller faire mon footing au parc Maisonneuve. Sauf que moi, j’ai enlevé les étiquettes… Comme ça je passe incognito (oui je sais, c’est intelligent…).

En fait faire des gros efforts pour changer sa vie et s’apercevoir que tu peux trouver quelqu’un qui vient de faire la même chose à chaque fois que tu sors de chez toi ça me ramène à cette frustration de lycéen quand j’ai eu ma première paire de Nike Air Jordan et que je me suis aperçu que tout le monde portait les mêmes. En voulant être cool, je me fondais en fait dans un moule. Et je ne sais pas pour vous mais ce n’est pas vraiment mon but.

Alors je me demande si c’est vraiment typique de Montréal. J’en parlais avec ami qui me disait que Londres était envahi de Français. Dans un sens, ça me rassure.

La question fondamentale est: à partir de quel moment échappe-t-on à un stereotype? Peut-être que cette frustration va disparaitre au profit de « Manu, le gars qui fait du yoga et qui chante Ommmmm à longueur de journée comme tous ces hippies qui trainent dans les restaurants vegans branchés de la ville ». Est-ce différent? Non, pas vraiment en fait.

Est-ce vraiment se libérer que de se libérer des communautés qui nous définissent ou est-ce qu’on devrait les embrasser et travailler à les (re)dénifir? C’est la question que je vous pose. Vous me méditerez là dessus avant d’aller au lit.

(j’ai déjà personnellement une petite idée de la réponse)