La chose

Je trouve que le temps passe vite. J’ai tellement de choses que je désire accomplir dans ma vie que je suis occupé à peu près sans cesse. Même quand je ne travaille pas, je travaille: je pense à mes projets, je note des idées, j’échafaude des plans, je réponds à des courriels de clients, etc… Ma vie « normale » et mon travail ne commencent à plus faire qu’un et je vous rassure: j’aime bien ça! En fait, oui, j’aime ça travailler… et le hipster qui vit quelque-part en moi vient de mourir un peu plus.

Et puisque les journées ne sont pas extensibles j’ai décidé d’arrêter de perdre mon temps – « Ah! En voilà une bonne idée, dis donc! ». Je me suis donc demandé ce qui me faisait perdre beaucoup de temps et de manière générale qu’est-ce qui fais perdre du temps à tout le monde? Et une des réponses a été assez facile à trouver: se plaindre. Je ne sais pas trop pourquoi mais je pourrais me plaindre presque tout le temps parce que « ma vie est dure et puis c’est vraiment pas juste et il pleut et [insérer toutes les autres conneries justificatives que mon cerveau peut générer] ». Mais comme je sais que je suis globalement chanceux par rapport à beaucoup (et je ne sais pas trop pourquoi je mérite tant) j’essaye de contrôler cette chose qui voudrait que je me plaigne. Je m’entraine à décortiquer le mécanisme qui va me faire entrer dans le mode plainte et j’essaie de le rediriger vers le mode solutionne ton problème. C’est con mais ça prend du temps de sortir d’un état d’esprit qu’on peut considérer comme normal et reprogrammer son cerveau.

Alors bien sûr il y a cette chose – je l’appelle « chose » parce que je ne veux pas lui donner une identité trop forte – qui me dit de me plaindre parce que l’eau n’a pas été potable pour deux jours à Montréal. Comme tout le monde, je suis allé sur un site de nouvelles pour savoir quelles étaient les intructions à suivre etc… Je ne lis d’habitude pas les journaux parce que ça ne m’aide pas, mais là je voulais savoir si je pouvais prendre une douche ou pas. Et ce que je n’aurais pas dû faire c’est scroller en bas de la page et lire le torrent de commentateurs haineux qui considéraient que cette situation était la goutte qui faisait déborder leur vase de désespoir montréalais (parce que ça, le metro qui tombe en panne de temps en temps et les nids de poule ça fait beaucoup, tu vois). Et là je me suis dit « mais moi aussi je pourrais me plaindre à propos des gens qui se plaignent ». Parce que j’ai envie de leur dire que si le gazon est plus vert chez le voisin alors ils sont tout à fait libres de vivre ailleurs et de nous laisser apprécier la vie. Mais bon, ça n’aurait été qu’une manière de laisser cette chose prendre le contrôle au lieu de solutionner un problème. Ce que je veux c’est reprogrommer la direction de ce désir de plainte de « la chose » vers un désir d’action. Quel serait l’action à accomplir si l’eau n’est plus potable? Peut-être en profiter pour prendre conscience de combien de litres d’eau je gâche chaque jour. Oui, c’est un peu plus constructif d’un coup.

La plainte c’est ça: c’est la chose qui répond à stimulus. On veut agir mais on n’a pas vraiment les couilles de le faire alors à la place on perd littéralement son temps à entretenir une idée que « il ne m’arrive que des merdes » au lieu de relever ses manches et voir une contrainte comme une opportunité de se construire. Et on la justifie son idée! Le mental humain est capable de superbes tours de passe-passe pour nous convaincre qu’on a raison de penser comme ça. Et tout du long ce qu’on a fait c’est penser et parler mais est-ce qu’il s’est passé quelque-chose? Pas vraiment…

Alors j’ai un service à vous demander: si vous me prenez à me plaindre au lieu d’agir, s’il vous plait donnez moi une bonne claque. Celle qui réveille, là! Ne me prévenez pas… Allez-y, je mérite d’être réveillé!

Merci par avance, je ne veux pas être un mouton qui perd son temps les bras croisés. Le monde n’a pas besoin de ça, je n’ai pas besoin de ça et vous non plus… Merci les amis!