Gouverne toi

Si tu désignes quelqu’un pour te rendre libre, tu ne seras jamais libre.

Il y a une semaine, nous étions au pic de la période électorale au Québec. Ayant immigré il y a un peu plus de trois, c’était l’occasion de finalement  comprendre un peu mieux le système politique québécois et ses principaux partis. Je ne peux toujours pas voter car je ne suis pas citoyen canadien, mais j’espère bien pouvoir le faire pour les prochaines élections!). J’ai toujours eu un intérêt pour la politique tout en voyant cela comme une sorte de sitcom. Et finalement comme pour beaucoup de systèmes politiques auxquels je me suis intéressés, les élections ici se résument à beaucoup de drames et de débats sur des sujets qui n’influent pas vraiment sur le vie de la population. Bien sur chaque parti a un programme légitime (j’ai pris le temps de lire chaque site de chaque parti) mais ce qu’on présente au public sont les sujets qui polarisent l’opinion (parce que c’est ça qui fonctionne).

J’ai vraiment un problème avec cette manière de faire (et ce n’est vraiment pas particulier au régime québécois, c’est peut-être même mieux ici). Ceci montre le peu de foi que les politiciens ont dans l’intelligence de leur électorat. On présente donc des idées simples à digérer et pour lesquelles on ne peut être que pour ou contre (ça marche très bien sur des sujets comme les impôts, le mariage homosexuel ou encore l’avortement). Nous avons tous une opinion assez tranchée sur ces questions mais même si ce sont des sujets importants, je ne pense pas qu’ils influencent autant la vie de tous les jours de la majorité des citoyens comme d’autres sujets (la culture, les services publics, l’education au sens large, les valeurs profondes de la nation… par exemple). Ces derniers sont un peu plus nébuleux. On ne peut pas être pour ou contre l’education, c’est plus compliqué que ça: de quelle manière veut on éduquer? Quelles sont les valeurs que l’on veut transmettre? Est-ce plus important de mettre l’emphase sur la littérature, la philosophie ou le civisme? Ou les trois et dans quelles proportions?

Ce ne sont pas ces questions là qui font l’objet des débats politique et pas non plus des discussions politiques générales. Pourtant ces sujets ont un impact, même indirect, sur la manière de vivre pour l’intégralité de la population. (note: au Québec la question de la langue a une place assez importante, même si je trouves que les opinions manquent de nuances… J’ai certainement besoin de comprendre un peu mieux le passif derrière sur sujet).

Pour résumer l’objet de cet article et pour moi de déclarer ma perte de foi dans la politique. Je ne vois finalement pas ce qu’un parti ou un autre va changer dans ma manière de vivre, ni dans la manière de vivre des gens qui m’entourent. D’abord parce qu’ils ne s’interessent pas aux sujets qui ont une grande influence sur ma vie et ensuite parce que d’autres entités ont beaucoup plus de pouvoir. Le système culturel global et les médias par exemple véhiculent beaucoup plus de valeurs d’éducation que le fait n’importe quelle université ou n’importe quel ministère. C’est certain, votre télévision ne va pas vous apprendre la logique floue ou les théories existentialistes (sauf au hasard d’une émission culturelle à 2h le matin sur une chaîne obscure du câble). Par contre la plupart de nos valeurs sur la manière dont nous devons nous comporter, ce que nous devons avoir, ce que nous devons penser, tout cela est facilement dicté par les médias et non par le gouvernement. Et notons qu’on ne vote pas pour les médias, ils sont là et on en profite ou pas. Certains choisissent la télévision, d’autres la bibliothèque. Et d’autres profitent de cette généralisation des médias pour transmettre leurs idées (c’est ce que j’essaye de faire modestement ici).

Au final, c’est cette manière dont nous nous instruisons, dont nous choisissons l’information, cette façon dont nous décidons de voir le monde, qui influe le plus sur notre expérience de la vie de tous les jours (et ce n’est pas tâche facile!) C’est ainsi que nous influençons notre entourage. Et croyez moi nous avons chacun plus de pouvoir de persuasion que n’importe quel gouvernement sur les personnes qui nous sont chères.

Pourquoi ne choisissons donc pas de nous gouverner chacun nous mêmes plutôt que d’espérer qu’un parti fasse le travail pour nous? J’ai plus de pouvoir sur moi-même que n’importe qui et c’est ainsi pour chacun d’entre nous. Soyons donc notre propre gouvernement personnel et commençons à évoluer au lieu de désigner quelqu’un pour le faire a notre place. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas voter, il ne faut juste pas trop espérer du résultat. Le grand mensonge, c’est de nous faire croire qu’après les élections nous avons fait notre devoir et que nous pouvons rester les bras croisés jusqu’aux prochain vote.

J’appelle cela l’anarchie progressiste. C’est à moi, toi, nous d’accomplir les changements de manière complètement décentralisée maintenant sans attendre d’avoir été désigné ou « autorisé ». C’est comme ça qu’on évolue. En fait, ça a toujours été ainsi, n’est-ce pas?