Penser clairement

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La douche froide

Pour ce mois de Juin, je me suis fixé un petit challenge: prendre uniquement des douches froides. Attention je ne veux pas dire des douches légèrement froides… Non, je parle bien de douches aussi froides que possible, c’est à dire sans utiliser (même un peu) d’eau chaude.

J’avais déjà fait ça pendant une semaine il y a un peu plus d’un an. Puis il m’est arrivé de le refaire ponctuellement (généralement en cas de canicule). Mais jamais je ne l’ai fait de manière consistante pendant un mois complet. Est-ce que je vais y arriver? J’espère bien… C’est pour ça que j’écris ça ici et que j’ai posté un update sur facebook. Je veux sentir une sorte de pression sociale! (vous n’êtes pas la le matin dans ma salle de bain mais bon…)

Comme à chaque fois que je parle de douche froide, je vois des sourcils interrogatifs qui se lèvent, je vais expliquer mon raisonnement. Tout d’abord, ce n’est pas une idée qui vient totalement de moi. Je me suis beaucoup inspiré de l’excellent The Flinch par Julien Smith. L’idée n’est donc pas écologique, ni économique, ni « pour se réveiller » ni en core pour combattre la chaleur même si tous ces arguments sont tout à fait valides et ont des conséquences plutôt bénéfiques. (vous pouvez également lire plein d’autres avantages ici). Cependant ma raison est un peu plus subtile.

Tout d’abord, il faut considérer ce qu’est notre corps humain d’un point de vue purement biologique. Le but du corps humain animal est de grandir, d’assurer un équilibre avec les autres espèces (animales, végétales, les minéraux, etc..), puis de se reproduire. Après s’être reproduit et s’être assuré de la survie de ses descendants, le corps humain peut mourir et fertiliser la terre et ainsi favoriser le développement de plantes qui serviront à nourrir les futures générations. Voilà à quoi ça sert le corps humain d’un point de vue animal, ce n’est pas très réjouissant mais c’est comme ça. Dans cette optique, l’évolution nous a permis d’affiner notre instinct de survie. C’est la qu’intervient l’eau froide. Notre corps est programmé pour réagir: « eau froide » veut dire « danger d’hypothermie » donc « risque de mort » et impossibilité de se reproduire, brisant ainsi le cycle biologique primal. C’est en suivant cet instinct que les premiers hommes ont pu survivre. Voilà pourquoi je n’aime pas l’eau froide. Et ce n’est qu’une des programmations du même types qui ont également pour but d’assurer notre survie: peur du bruit, du vide, du noir, etc…

Seulement nous vivons dans un un monde qui nous a amenés à dépasser cette condition purement biologique, pour nous épanouir sur d’autres plans intellectuels, créatifs, spirituels… En fait dans notre société, ou du moins dans la société dans laquelle j’ai grandi, la plupart de ces programmations ne me sont pas utiles. Le risque de tomber dans un torrent glacial est très peu probable. Je ne vais pas pêcher au milieu de l’hiver pour me nourrir, je vais au marché. Je ne risque pas d’être poursuivi par un prédateur et devoir m’enfuir en choisissant stratégiquement de traverser une rivière ou de faire diversion. Cet instinct était certainement très utile il y a 40000 ans, mais maintenant plus tellement.

Voilà pourquoi je prends des douches froides, parce que malgré le danger de l’eau froide, je ne peux pas mourir en prenant une douche. Cependant mon mental primal réagit comme si j’allais peut-être mourir. Essayez chez vous d’ouvrir une douche complètement froide, apprêtez vous à entrer sous la douche et observez tout ce qu’il se passe dans votre tête. Pourtant vous n’avez pas encore mis le pied dans la baignoire, il ne s’est absolument rien passé et malgré tout le mental est en mode panique. C’est ça qu’il faut combattre. Vous me verriez rentrer dans ma douche le matin quand je viens de sortir du lit (non, je ne vais pas faire de video), c’est assez ridicule: le combat entre ma conscience et mon mental de survie prend toutes sortes de convolutions physiques, de tremblements, etc… Et pourtant après quelques minutes, je suis sous ma douche froide et tout va bien. On est d’accord, une douche chaude serait plus agréable, mais la douche froide est tout de même très supportable. Au fur et à mesure le processus devient un peu plus facile, c’est lent mais après quelques jours je vois déjà une différence.

Une fois que je sais que j’ai pu dépasser cette programmation, j’ai fait comprendre à mon cerveau primal qu’il n’était pas aux commandes mais que c’est moi (c’est à dire ma conscience) qui l’est. Il m’est alors d’autant plus possible de dépasser d’autres programmations! C’est ainsi que je peux envisager des risques que je dois prendre socialement ou professionnellement mais que le plan biologique me prévient d’entreprendre. Par exemple, tenter une nouvelle approche dans ma stratégie d’entreprise risque de me faire perdre de l’argent (mais me fera peut-être évoluer positivement également!). La biologie voit l’argent comme un facteur de sécurité: si je n’ai pas d’argent, je ne peux pas me nourrir ni m’abriter et donc je risque de mourir. Cependant ce risque est très faible compte tenu du système dans lequel je vis (il est assez facile de trouver un travail, pas forcément idéal mais correct, si j’ai vraiment besoin d’argent). Si je souhaite avancer et expérimenter professionnellement, je dois prendre des risques, sinon il ne va certainement rien se passer de très intéressant.

Je pourrais citer plein d’exemples du même types, mais vous voyez où je veux en venir. Notre existence n’est pas seulement biologique et pourtant nous vivons souvent comme des machines biologiques sans trop prendre conscience de ce que l’on fait. Je ne sais pas pour vous, mais ça ne m’intéresse pas trop une vie de machine biologique. J’aspire à plus que ça.

La douche froide, c’est juste un tout petit pas vers un peu plus de conscience. Ça vous est sûrement accessible (si vous avez internet pour lire cet article, vous avez certainement une douche aussi). Vous n’avez rien à perdre, à part un peu de programmation biologique.

 

Photo prise par Brad Greenlee.

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La chose

Je trouve que le temps passe vite. J’ai tellement de choses que je désire accomplir dans ma vie que je suis occupé à peu près sans cesse. Même quand je ne travaille pas, je travaille: je pense à mes projets, je note des idées, j’échafaude des plans, je réponds à des courriels de clients, etc… Ma vie « normale » et mon travail ne commencent à plus faire qu’un et je vous rassure: j’aime bien ça! En fait, oui, j’aime ça travailler… et le hipster qui vit quelque-part en moi vient de mourir un peu plus.

Et puisque les journées ne sont pas extensibles j’ai décidé d’arrêter de perdre mon temps – « Ah! En voilà une bonne idée, dis donc! ». Je me suis donc demandé ce qui me faisait perdre beaucoup de temps et de manière générale qu’est-ce qui fais perdre du temps à tout le monde? Et une des réponses a été assez facile à trouver: se plaindre. Je ne sais pas trop pourquoi mais je pourrais me plaindre presque tout le temps parce que « ma vie est dure et puis c’est vraiment pas juste et il pleut et [insérer toutes les autres conneries justificatives que mon cerveau peut générer] ». Mais comme je sais que je suis globalement chanceux par rapport à beaucoup (et je ne sais pas trop pourquoi je mérite tant) j’essaye de contrôler cette chose qui voudrait que je me plaigne. Je m’entraine à décortiquer le mécanisme qui va me faire entrer dans le mode plainte et j’essaie de le rediriger vers le mode solutionne ton problème. C’est con mais ça prend du temps de sortir d’un état d’esprit qu’on peut considérer comme normal et reprogrammer son cerveau.

Alors bien sûr il y a cette chose – je l’appelle « chose » parce que je ne veux pas lui donner une identité trop forte – qui me dit de me plaindre parce que l’eau n’a pas été potable pour deux jours à Montréal. Comme tout le monde, je suis allé sur un site de nouvelles pour savoir quelles étaient les intructions à suivre etc… Je ne lis d’habitude pas les journaux parce que ça ne m’aide pas, mais là je voulais savoir si je pouvais prendre une douche ou pas. Et ce que je n’aurais pas dû faire c’est scroller en bas de la page et lire le torrent de commentateurs haineux qui considéraient que cette situation était la goutte qui faisait déborder leur vase de désespoir montréalais (parce que ça, le metro qui tombe en panne de temps en temps et les nids de poule ça fait beaucoup, tu vois). Et là je me suis dit « mais moi aussi je pourrais me plaindre à propos des gens qui se plaignent ». Parce que j’ai envie de leur dire que si le gazon est plus vert chez le voisin alors ils sont tout à fait libres de vivre ailleurs et de nous laisser apprécier la vie. Mais bon, ça n’aurait été qu’une manière de laisser cette chose prendre le contrôle au lieu de solutionner un problème. Ce que je veux c’est reprogrommer la direction de ce désir de plainte de « la chose » vers un désir d’action. Quel serait l’action à accomplir si l’eau n’est plus potable? Peut-être en profiter pour prendre conscience de combien de litres d’eau je gâche chaque jour. Oui, c’est un peu plus constructif d’un coup.

La plainte c’est ça: c’est la chose qui répond à stimulus. On veut agir mais on n’a pas vraiment les couilles de le faire alors à la place on perd littéralement son temps à entretenir une idée que « il ne m’arrive que des merdes » au lieu de relever ses manches et voir une contrainte comme une opportunité de se construire. Et on la justifie son idée! Le mental humain est capable de superbes tours de passe-passe pour nous convaincre qu’on a raison de penser comme ça. Et tout du long ce qu’on a fait c’est penser et parler mais est-ce qu’il s’est passé quelque-chose? Pas vraiment…

Alors j’ai un service à vous demander: si vous me prenez à me plaindre au lieu d’agir, s’il vous plait donnez moi une bonne claque. Celle qui réveille, là! Ne me prévenez pas… Allez-y, je mérite d’être réveillé!

Merci par avance, je ne veux pas être un mouton qui perd son temps les bras croisés. Le monde n’a pas besoin de ça, je n’ai pas besoin de ça et vous non plus… Merci les amis!

Au secours, il neige!

IMG_1784Je ne sais pas vraiment ce que c’est le problème avec la neige… Mais à chaque fois qu’on se prend une bonne tempête à Montréal, tout le monde parle de nous. Alors que bon… ça arrive pratiquement chaque année. Flash news : « c’est NORMAL« . Bon d’accord, ces derniers jours c’était beaucoup pour cette période de l’année mais ce n’est pas non plus démentiel.

En fait c’est facile à dire pour moi, parce que je ne suis pas à Montréal en ce moment. Je suis chez mes beaux-parents pour les vacances. Mais d’après ce que j’ai pu voir on s’est pris autant de neige qu’à Montréal. Là on s’en reprend encore aujourd’hui. C’est bien, ça me fait faire de l’exercice de pelleter la neige. Les routes son dégagées en quelques heures et on peut faire des jolis photos. Aussi, j’ai plein d’amis qui me contactent pour savoir si « tout est ok ». Ça me fait plaisir qu’ils pensent un peu à moi.

Mais sérieusement, ils n’ont rien d’autres à raconter aux infos? La dernière fois c’était lors des manifestations étudiantes à Montréal. Là, on m’appelait pour savoir si j’étais en sécurité. Quelqu’un m’a même conseillé de ne pas sortir de chez moi. Genre, je vais me faire agresser par des étudiants avec des dreads en allant faire mes courses? Si vous aviez vu les manifestations…. Ok, il y avait beaucoup de monde, mais c’était vraiment assez tranquille. J’ai vu quelques voitures de polices prises à partie, mais c’était généralement des actions très isolées. L’ambiance était vraiment bon enfant.

APPEL AUX JOURNALISTES: faites votre travail au lieu de faire du spectacle. Ça me fout les boules quand je vois tout le monde qui gobe les informations comme si c’était vraiment objectif. Les nouvelles de météo, c’est bien sur la chaine météo, mais franchement le reste du monde n’en a rien à faire. Les nouvelles spectaculaires sont spectaculaires, c’est tout. Elles sont rarement représentatives de ce qu’il se passe vraiment.

Est-ce que vous essayez de rechercher quelles sont les faits réels? La plupart des infos dont on parle sont juste impressionnantes ou sortent du commun mais ne sont généralement pas celles qui touchent un réel problème de fond. Je vais probablement me faire traiter d’insensible connard pour ce que je vais dire là mais c’est un bon exemple: tout le monde pleure au sujet du massacre qui a eu lieu il y a quelques semaines dans le Connecticut. Ok, c’est horrible. Mais la réalité c’est qu’il y a des milliers d’enfants qui meurent de faim tous les jours. Et ça, ça ne fait pas la une des journaux. Et ce qui est réellement effrayant c’est que c’est quelque-chose de tangible. Si on changeait notre manière de consommer, de penser et de nous investir dans la société, on pourrait probablement réduire ce chiffre. Alors que prédire les actions d’un lunatique où la météo c’est beaucoup plus difficile et on ne peut pas y faire grand-chose.

Alors merci c’est gentil de s’intéresser à la quantité de neige que je me prends dans la face. Je vis au Canada, je m’en prends plein. Maintenant, au lieu d’écouter les informations, allez à la bibliothèque et prenez un livre sur un sujet que vous ne connaissez pas. Ça vous sera certainement plus utile.

Une histoire de raccourcis

À peu près tout notre connaissance n’est qu’une succession de raccourcis. Tout l’enchaînement d’une idée A à une idée B pourrait être segmentée en une infinité d’étapes. Au lieu de çà on admet cet enchaînement parce qu’il a été démontré comme logique et fondé et on passe directement de A à B sans se poser de questions.
Mais parfois quand même ça tourne au ridicule. Je suis un scientifique et j’ai simplement envie de répondre à cette question: pourquoi? La plupart des médias, des blogs, des livres, des films, etc… nous fournissent des raccourcis. Quelqu’un décide et suivant sa notoriété ce raccourci est admis.
Un des raccourcis qui m’intrigue en ce moment est « Batman = Tuerie du Colorado ». En fait ce qui m’intrigue c’est qu’on ne parle même plus du film (qui, au passage est épique du début à la fin). Non, la question est : faut-il penser à cette tuerie? Tout ça aurait pu être associé à la chaîne de salles de cinéma (est-ce qu’ils ont mis en place une action commémorative? est-ce qu’on pense à ça quand on va dans une autre de leurs salles?) Au lieu de ça le film est accablé de cette sordide histoire qui n’a en fait absolument rien à voir avec la raison du film. Cette semaine à chaque fois que j »ai parlé de Batman innocemment on m’a regardé avec un air grave
the Dark Knight, ce qui fait que d’un seul coup c’est moins médiatique., la tête penchée de 12° sur la droite en me rappelant que je ferais mieux de penser à tous ces morts plutôt qu’à mon film de héros. C’est cool en fait de prendre un air grave: ça évite de penser à toutes les autres personnes qui souffrent dans un système bien organisé mais qui n’ont pas la chance de mourir en regardant The Dark Knight et par conséquent c’est beaucoup moins médiatique.

Il y a beaucoup d’autres raccourcis intellectuels dont nous sommes victimes sans trop le savoir. Considérez juste vos opinions politiques ou vos goûts musicaux… Ou rien que l’image que vous amène un thème.

Tout ce que je propose c’est d’adopter une démarche scientifique et analytique dans la manière dont certaines de nos idées sont admises. Pourquoi a-t-on peur de quelque-chose? Pourquoi est on intéressé par une information plutôt qu’une autre? Évidemment le monde est trop complexe pour pouvoir tout analyser mais se poser quelques questions de temps en temps ça évite de nager dans l’absurde.

Quels sont les raccourcis que vous souhaitez comprendre?